«Il est indispensable d’agir très rapidement pour favoriser la
reprise économique et la création d’emplois en même temps que de préparer une économie mondiale plus équilibrée, plus juste, plus durable et plus respectueuse de l’environnement», a déclaré le Directeur général du BIT, Juan Somavia. «Ce Pacte nous montre la voie,
une voie tracée grâce à la collaboration de tous les Membres de l’OIT
et fondée sur des politiques qui ont été expérimentées et qui ont fait
leurs preuves.»
Le Pacte mondial pour l’emploi a été adopté après le fort soutien
exprimé pendant les trois jours du Sommet de l’OIT sur la crise
mondiale de l’emploi par des Chefs d’Etat et de gouvernement, des
Vice-présidents et des ministres du Travail, des représentants des
travailleurs et des employeurs, et dirigeants d’institutions. Parallèlement, le sommet s’est clairement prononcé en faveur d’une plus
grande implication de l’OIT dans le suivi de la réunion du G20 à
Londres en avril dernier qui, au regard de l’emploi et de la protection
sociale, a appelé l’OIT à «coopérer avec d’autres organisations
concernées, pour évaluer les actions entreprises et celles requises
pour l’avenir».
«C’est vous, acteurs de l’économie réelle, qui allez nous sortir de
cette crise», a déclaré M. Somavia aux quelque 4 000 délégués des 183
Etats Membres de l’OIT qui participaient à la session annuelle de la
Conférence internationale du Travail. «Vous représentez les
travailleurs et leurs familles, les employeurs et les entreprises,
ainsi que les gouvernements. Les dirigeants de ce monde nous ont dit
que le changement était indispensable, qu’il fallait combiner de vastes
possibilités d’emploi et la protection sociale avec des investissements
et une croissance qui permettent de trouver une solution de long terme
à cette crise. C’est notre défi immédiat et notre mandat pour l’avenir».
Le Pacte mondial pour l’emploi représente la réponse la plus rapide
et la plus complète à une crise économique jamais adoptée par l’OIT qui
célèbre son 90e anniversaire cette année. Il invite les gouvernements
et les organisations représentant les travailleurs et les employeurs à
collaborer pour affronter ensemble la crise mondiale de l’emploi grâce
à des politiques conformes à l’Agenda de l’OIT pour le travail décent.
Le Pacte a été adopté sur fond de récents rapports du BIT qui
montrent une hausse sans précédent du chômage à l’échelle mondiale et
la persistance de très hauts niveaux de pauvreté. M. Somavia a indiqué
que le BIT estimait que, même si une reprise économique se profilait
cette année ou l’année prochaine, la crise mondiale de l’emploi
pourrait se prolonger pendant 6 à 8 ans. Il a également précisé qu’avec
l’entrée de 45 millions de personnes sur le marché du travail chaque
année – pour la plupart des jeunes, hommes et femmes – l’économie
mondiale devrait créer quelque 300 millions de nouveaux emplois au
cours des cinq prochaines années, ne serait-ce que pour retrouver les
niveaux de chômage d’avant la crise.
La Conférence a aussi mené un intense cycle de débats sur le rôle
des entreprises, les politiques d’emploi, la protection sociale, les
droits au travail, le dialogue social, la coopération en faveur du
développement, et la coordination régionale face à la crise mondiale de
l’emploi.
Le Pacte mondial pour l’emploi propose une série de mesures en
réponse à la crise que les pays peuvent adapter à leur situation et à
leurs besoins spécifiques. Ce n’est pas une solution unique pour tous,
mais un portefeuille d’options basées sur des exemples de réussites,
également conçues pour étayer et soutenir l’action au niveau
multilatéral.
Le Pacte encourage les mesures pour maintenir les travailleurs dans
leur emploi, soutenir les entreprises et accélérer la création
d’emplois et la reprise du marché du travail, en combinaison avec les
systèmes de protection sociale en particulier pour les plus vulnérables
en intégrant les questions relatives à l’égalité des sexes.
Le Pacte plaide aussi pour l’instauration d’un «cadre de
réglementation et de contrôle plus solide et plus cohérent au niveau
mondial pour le secteur financier, de telle sorte que celui-ci serve
les intérêts de l’économie réelle, favorise les entreprises durables et
le travail décent, et protège mieux l’épargne et les pensions des
particuliers». Il prône également la coopération pour favoriser «des
échanges commerciaux et des marchés efficaces bien réglementés qui
profitent à tous » et évitent le protectionnisme. Il plaide encore pour
un virage vers une économie à faibles émissions de carbone, plus
respectueuse de l’environnement, qui contribuera à accélérer la reprise
de l’emploi.
Le Pacte incite les gouvernements à envisager des options telles que
des investissements dans les infrastructures publiques, des programmes
spéciaux pour l’emploi, l’extension de la protection sociale et des
salaires minima. Particulièrement dans les pays en développement, de
telles mesures peuvent réduire la pauvreté, augmenter la demande et
contribuer à la stabilité économique. Les pays donateurs et les agences
multilatérales sont incités à envisager de mobiliser des fonds,
notamment les ressources existantes pour faire face à la crise, aux
fins de la mise en œuvre de recommandations et des options de
politiques du Pacte.
«Les employeurs soutiennent le Pacte mondial pour l’emploi comme une
contribution significative aux réponses stratégiques indispensables à
la reprise», a déclaré Daniel Funes de Rioja, Vice-président employeur
du Comité plénier sur les réponses à la crise. «Les efforts conjoints
des employeurs, des syndicats et des gouvernements ont permis
d’identifier des approches réalistes et pragmatiques pour faire face à
cette crise. C’est maintenant que nous nous sommes accordés sur le
Pacte mondial pour l’emploi que le vrai travail commence. Le défi pour
l’OIT, pour les syndicats et pour les employeurs, et tout
particulièrement pour les gouvernements, est maintenant de traduire cet
engagement en mesures concrètes au niveau national pour générer de
véritables emplois et revenus et contribuer à la reprise économique. En
tant qu’employeurs, nous sommes prêts à jouer notre rôle».
«C’est un message visionnaire, de changement et de réalisme que nous
envoyons aux gouvernements ainsi qu’à tous les hommes et toutes les
femmes» a déclaré Leroy Trotman, Vice-président travailleur du Comité
plénier sur les réponses à la crise. «Aujourd’hui, le Pacte pour
l’emploi n’est qu’un morceau de papier. C’est à nous, gouvernements,
travailleurs et employeurs d’en faire une réalité. Cela implique un
engagement gouvernemental en faveur du dialogue social et d’un marché
du travail avec des institutions fortes. Mais cela implique également
que les travailleurs s’organisent par eux-mêmes et représentent
collectivement leurs intérêts sans interférence des employeurs. Le
rétablissement de l’économie passe par une reprise de la demande qui
s’appuie sur une hausse des salaires, par la protection sociale et le
dialogue social, et la négociation collective. Si nous échouons, les
sociétés y perdront. Si nous réussissons, je suis convaincu que les
futurs historiens retiendront que l’OIT a été à la hauteur de son
mandat.»
M. Somavia a déclaré que le BIT allait immédiatement offrir son
assistance aux mandants qui souhaitent mettre en œuvre des mesures dans
le cadre du Pacte et travailler avec d’autres agences multilatérales.
Il a également souligné qu’au regard du Pacte, la question n’est pas de
savoir combien les gouvernements pouvaient encore dépenser, mais
comment ils allaient le faire.
«Nous devons donner vie à cet engagement, conclut M. Somavia. Nous
avons tous une responsabilité collective pour l’avenir. Ensemble, nous
pouvons réaliser concrètement nos aspirations communes. Nous avons pour
mandat d’agir immédiatement et, ensemble, je suis certain que nous
réussirons».
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Texte du Pacte mondial pour l'emploi adopté par la 98e Conférence internationale du Travail (version PDF)